Santé mentale

Santé mentale : repérer la souffrance psychique et orienter

Par ESSR 16 septembre 2026

 15 min de lecture

Accompagner une personne qui va mal ne veut pas dire la soigner. Quand vous êtes thérapeute complémentaire, sans être psychologue ni psychothérapeute, votre rôle tient en peu de gestes : observer ce qui change, parler avec calme, dire ce que vous voyez, puis encourager la personne à consulter.

Accompagner une personne qui va mal ne veut pas dire la soigner. Quand vous êtes thérapeute complémentaire, sans être psychologue ni psychothérapeute, votre rôle tient en peu de gestes : observer ce qui change, parler avec calme, dire ce que vous voyez, puis encourager la personne à consulter. Cet article pose d'abord une définition claire de la santé mentale, apprend à reconnaître l'anxiété, la dépression et l'épuisement professionnel, puis trace la ligne à ne pas franchir : celle de l'urgence, où l'on passe la main sans attendre.

Qu'est-ce que la santé mentale et comment accompagner une personne en souffrance psychique ?

En bref : La santé mentale est un état de bien-être qui permet d'affronter le stress de la vie, d'apprendre, de travailler et de contribuer à la vie de la communauté, et elle bouge tout au long de l'existence. Accompagner une personne en souffrance psychique, quand on n'est ni psychologue ni psychothérapeute, tient en quatre gestes : observer ce qui change dans son comportement, rester calme, lui dire ce que l'on observe et son inquiétude, puis l'encourager à consulter son médecin de famille en proposant de l'accompagner. Dès qu'il y a danger pour elle ou pour autrui, on appelle le 144 ou les urgences psychiatriques du canton.

L'Organisation mondiale de la Santé définit la santé mentale comme un état de bien-être qui permet d'affronter le stress de la vie, de s'épanouir, d'apprendre, de travailler et de contribuer à la vie de la communauté, et la présente comme un droit humain fondamental [1]. Ce n'est donc pas seulement l'absence de trouble, mais une ressource qui se cultive et qui se fragilise.

Rien n'y est figé. La santé mentale, la souffrance et la maladie se modifient tout au long de la vie, sous l'effet du contexte et de l'environnement autant que de caractéristiques personnelles comme l'héritage génétique et l'histoire de vie [2]. Une même personne peut traverser des périodes solides et d'autres bien plus vulnérables.

Le sujet n'a rien de marginal. Près d'une personne sur deux est touchée dans sa santé mentale au moins une fois dans sa vie, et les troubles psychiques comptent parmi les problèmes de santé les plus répandus en Suisse [3]. Vous croiserez donc, en cabinet, des personnes en souffrance psychique, qu'elles viennent vous voir pour cela ou pour tout autre motif.

Accompagner n'est pas soigner. Les sections qui suivent reprennent l'ordre des gestes : reconnaître ce qui change, parler, puis orienter vers la bonne porte.

Qu'est-ce que l'anxiété et comment la reconnaître ?

Tout le monde ressent de l'anxiété par moments. Chez les personnes atteintes de troubles anxieux, la peur et l'inquiétude sont fréquentes, intenses et excessives, difficiles à maîtriser, et elles peuvent durer longtemps en l'absence de traitement [4]. La frontière se situe là : dans l'intensité, la durée et la perte de contrôle.

Les autres signes décrits par l'Organisation mondiale de la Santé aident à repérer ce basculement : difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions, irritabilité, tensions ou agitation, nausées ou douleurs abdominales, transpiration, tremblements ou frissons, sentiment de danger imminent ou de panique [4]. Le corps parle souvent avant les mots.

La crise d'angoisse porte un nom précis : le trouble panique, qui se traduit par des attaques de panique et la peur que celles-ci persistent. Il figure parmi les types de troubles anxieux listés par l'Organisation mondiale de la Santé, aux côtés de l'anxiété généralisée, de l'anxiété sociale, de l'agoraphobie, de l'anxiété de séparation, des phobies spécifiques et du mutisme sélectif [4]. Nommer ces catégories aide à comprendre, jamais à diagnostiquer.

En Suisse, 7,5 % des hommes et 11,9 % des femmes de 15 ans et plus vivant en ménage privé ont connu un trouble anxieux au cours des douze derniers mois, d'après l'enquête suisse sur la santé de 2022 [5]. Le trouble anxieux touche donc une part notable de la population que vous accompagnez.

Comment reconnaître une dépression ou un épuisement professionnel ?

Un épisode dépressif se reconnaît d'abord à sa durée : l'humeur dépressive est présente la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, parfois accompagnée d'une perte de la capacité à éprouver du plaisir ou de l'intérêt [6]. La tristesse passagère n'est pas une dépression ; c'est la persistance qui compte.

D'autres symptômes sont généralement présents : difficultés de concentration, sentiments de culpabilité excessive ou faible estime de soi, désespoir face à l'avenir, idées suicidaires, troubles du sommeil, fluctuations de l'appétit ou du poids, fatigue intense ou perte d'énergie [7]. La présence d'idées suicidaires change tout et impose d'orienter sans délai.

En Suisse, 7,9 % des hommes et 11,7 % des femmes présentaient des symptômes de dépression en 2022, année où 8 % de la population a reçu un traitement pour des troubles psychiques [8]. Ces chiffres rappellent que la dépression n'est ni rare ni une faiblesse personnelle.

L'épuisement professionnel relève d'une autre catégorie. La onzième révision de la classification internationale des maladies le range parmi les facteurs influençant l'état de santé et non parmi les maladies, le définit comme un syndrome résultant d'un stress professionnel chronique mal géré, en trois dimensions (épuisement, distance mentale ou cynisme vis-à-vis du travail, efficacité professionnelle réduite), et réserve le terme au seul contexte du travail [9]. Un mal-être qui déborde toute la vie relève d'autre chose que du burn-out.

Comment accompagner une personne qui va mal sans sortir de son rôle ?

Certains comportements doivent alerter lorsqu'ils s'installent sur plusieurs semaines : s'isoler et délaisser ses proches, confondre le jour et la nuit, manger de moins en moins ou au contraire tout le temps, consommer de l'alcool ou des drogues contrairement à ses habitudes, chercher ses mots, oublier ses tâches quotidiennes, entendre des voix, se sentir épié, avoir des idées suicidaires [10]. Ce n'est pas un signe isolé qui compte, mais un faisceau qui dure.

La conduite recommandée tient en quatre gestes : rester calme, parler avec la personne pour comprendre ce qu'elle vit, lui faire part de ce que l'on observe et de son inquiétude, puis l'encourager à consulter un professionnel comme son médecin de famille, en lui proposant de l'accompagner [11]. Vous restez dans votre rôle : celui d'un relais bienveillant vers le soin.

Un refus de consulter n'arrête pas la démarche. On peut donner à la personne le temps d'y réfléchir, essayer de la convaincre à nouveau, et demander à une autre personne de confiance de son entourage de soutenir la démarche [12]. La patience fait souvent plus que l'insistance.

Ce repérage ne dit rien du motif de consultation initial. Pour comprendre ce qui amène le plus souvent les personnes en cabinet, notre article sur les troubles les plus fréquemment rencontrés en thérapie complémentaire prolonge cette lecture sous un autre angle.

Comment reconnaître une urgence psychiatrique et à qui passer la main ?

La perception du danger est subjective et très individuelle : c'est le ressenti qui doit conduire à appeler un service d'urgence, au moindre doute [13]. Mieux vaut un appel de trop qu'un appel manquant.

Une situation peut être grave sans être urgente, par exemple des propos incohérents, le fait d'entendre des voix ou une consommation excessive d'alcool ou de drogues : on s'adresse alors à son médecin de famille ou à un centre médical, sans attendre [14]. La gravité appelle une prise en charge, pas nécessairement les secours.

En cas de crise aiguë, de comportement violent ou suicidaire, on appelle le 144 ou les urgences psychiatriques du canton : Genève 022 372 38 62, Vaud 0848 133 133, Fribourg 026 308 08 08, Neuchâtel 032 755 15 15, Valais 0800 012 210, Jura 144. Si le danger est trop important, la police au 117 [15]. Ce sont les numéros à garder à portée de main dans un cabinet en Suisse romande.

Hors urgence, l'Office fédéral de la santé publique renvoie les adultes vers La Main Tendue, au 143, joignable 24 heures sur 24, et les enfants et les jeunes vers Pro Juventute, au 147 [16]. Ces lignes offrent une écoute quand la situation n'est pas critique mais que la personne a besoin de parler.

Quelle est la différence entre psychothérapie, psychologie et accompagnement en relation d'aide ?

La loi fédérale sur les professions de la psychologie, en vigueur depuis le 1er avril 2013, vise à garantir la protection de la santé et à protéger les personnes qui recourent à des prestations de psychologie contre les actes visant à les tromper. Un titre postgrade fédéral peut être obtenu dans cinq domaines : psychothérapie, psychologie de l'enfance et de l'adolescence, psychologie clinique, neuropsychologie et psychologie de la santé [17]. La psychologie n'est donc pas un titre unique, mais un ensemble de professions encadrées.

Pour exercer la psychothérapie sous sa propre responsabilité professionnelle, une autorisation du canton d'exercice est exigée ; elle suppose un titre postgrade fédéral ou étranger reconnu en psychothérapie, les garanties d'un exercice irréprochable de la profession et la maîtrise d'une langue officielle du canton [18]. C'est un cadre strict, réservé à des professionnels formés spécifiquement.

Du côté des thérapies complémentaires, la formation aux psychopathologies vise à comprendre les principaux troubles psychiques, dont la dépression et les troubles anxieux, et à repérer les cas qui nécessitent le suivi d'un professionnel de la santé mentale ; un module distinct porte sur l'identification des signaux d'alerte cliniques qui appellent une prise en charge urgente.

Ces trois niveaux tracent la ligne de partage. La psychothérapie est un acte réglementé, réservé à un titre fédéral et à une autorisation cantonale ; l'accompagnement en relation d'aide consiste à comprendre, repérer et orienter, sans diagnostic ni psychothérapie.

Quelles bases de psychologie faut-il connaître pour accompagner des patients ?

Dans les filières de thérapie complémentaire et de naturopathie, la psychologie et la communication font partie du socle de formation : le module BS (« Bases socio-économiques ») du Tronc Commun de l’OrTra TC pour le diplôme fédéral de thérapeute complémentaire, et le module M4 (« Travail de thérapeute ») de l’OrTra MA pour le diplôme fédéral de naturopathe. Tous deux prévoient 300 heures de formation au total, dont au moins 104 heures de contact ou de présence encadrée. Ce socle développe notamment la conduite d’entretien, la communication thérapeutique, la posture professionnelle et le cadre de la relation d’aide.

Le volet clinique est un module distinct et plus lourd : 200 heures réparties sur douze week-ends, consacrées aux principaux troubles psychiques et au repérage des situations qui demandent un suivi spécialisé. Il est obligatoire dans le parcours du diplôme fédéral de naturopathe. C'est lui qui affûte votre capacité à distinguer ce qui relève de l'accompagnement de ce qui appelle un professionnel de la santé mentale.

La neuropsychologie ne s'atteint pas par ce chemin : elle fait partie des cinq domaines où un diplôme de formation postgrade reconnu au niveau fédéral peut être exigé, et cette formation postgrade suit une formation de base acquise dans une haute école [17]. Le repérage clinique du thérapeute complémentaire et l'exercice réglementé de la psychologie restent deux mondes séparés.

L'École de Santé de Suisse Romande, qui publie cet article, donne ce module de psychologie et communication en 104 heures réparties sur sept week-ends en présentiel, sur huit mois, et ouvre une session une fois tous les deux ans. Les cours en salle se donnent à Genève et à Lausanne. Ce module ouvre droit au chèque annuel de formation du Département de l'instruction publique de Genève, d'une valeur de 750 CHF, sous conditions (notamment cours en présentiel et à Genève) : la condition se vérifie session par session. Julie Verdel, médecin, psychologue et psychothérapeute FSP, fait partie des intervenants de ce module. Retrouvez le détail sur la page du module de psychologie et communication.

Le choix se pose donc en deux temps : le tronc commun donne la conduite d'entretien et le cadre de la relation, le module de psychopathologies donne le repérage clinique. Aucun des deux n'autorise à conduire une psychothérapie.

Se former à la relation d'aide avec l'École de Santé de Suisse Romande

Si vous souhaitez accompagner des personnes en souffrance psychique avec justesse, poser les bons repères et savoir à quel moment passer la main, la formation Psychologie et Communication de l'École de Santé de Suisse Romande construit ces compétences pas à pas. Vous y travaillez la conduite d'entretien, le cadre de la relation d'aide et le repérage des situations qui demandent un suivi spécialisé.

Deux différences ancrent notre approche. L'ESSR est une école dirigée par un médecin, et son diplôme est signé par un médecin : cette légitimité médicale, unique en Suisse romande, se transmet à votre parcours. Elle s'accompagne d'un accompagnement complet, de votre premier jour jusqu'à la fin de la formation. Notre sérieux se lit aussi dans les retours de nos étudiants : plus de 1'300 avis Google et une note de 4,9/5 (relevés le 8 septembre 2026), une preuve sociale rare dans notre secteur.

Pour découvrir le programme, les dates et les modalités du module, rendez-vous sur la page Psychologie et Communication.

Conclusion

La santé mentale est une ressource mouvante qui permet d'affronter le stress, d'apprendre et de travailler, et elle concerne près d'une personne sur deux en Suisse au moins une fois dans la vie. En tant que thérapeute complémentaire, votre rôle est clair : observer ce qui change, parler avec calme, orienter vers le médecin de famille, et appeler les urgences dès qu'un danger apparaît. Comprendre l'anxiété, la dépression et l'urgence psychiatrique, sans jamais franchir la ligne de la psychothérapie réglementée, est une compétence qui s'apprend. C'est tout l'objet du module de psychologie et communication de l'École de Santé de Suisse Romande.

Psychologie et Communication
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Questions fréquentes

À partir de quand faut-il s'inquiéter pour la santé mentale d'un proche ?

Il faut s'inquiéter quand plusieurs changements durent depuis quelques semaines : isolement, jour et nuit confondus, alimentation bouleversée, consommation inhabituelle d'alcool ou de drogues, difficulté à trouver ses mots, tâches oubliées. En Suisse, près d'une personne sur deux est touchée dans sa santé mentale au moins une fois dans sa vie. Le rôle du thérapeute complémentaire est d'observer, de parler et d'orienter, jamais de diagnostiquer.

Quel numéro appeler en cas d'urgence psychiatrique en Suisse romande ?

En cas de crise aiguë, de comportement violent ou suicidaire, appelez le 144 ou les urgences psychiatriques de votre canton : Genève 022 372 38 62, Vaud 0848 133 133, Fribourg 026 308 08 08, Neuchâtel 032 755 15 15, Valais 0800 012 210, Jura 144. Si le danger est trop important, appelez la police au 117. Hors urgence, La Main Tendue répond au 143, 24 heures sur 24.

Un thérapeute complémentaire peut-il pratiquer la psychothérapie en Suisse ?

Non. En Suisse, la psychothérapie est un acte réglementé par la loi fédérale sur les professions de la psychologie, en vigueur depuis le 1er avril 2013. L'exercer sous sa propre responsabilité exige une autorisation cantonale et un titre postgrade fédéral reconnu. Le thérapeute complémentaire, lui, accompagne : il comprend, repère et oriente vers un professionnel de la santé mentale, sans diagnostic ni psychothérapie. À l'École de Santé de Suisse Romande, le module de psychologie et communication forme précisément à cette relation d'aide.

Comment distinguer un épuisement professionnel d'une dépression ?

L'épuisement professionnel est réservé au contexte du travail : la classification internationale des maladies (CIM-11) le range parmi les facteurs influençant l'état de santé, et non parmi les maladies, avec trois dimensions (épuisement, cynisme, efficacité réduite). La dépression, elle, se reconnaît à une humeur dépressive présente presque toute la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, dans tous les domaines de vie. Seul un professionnel de la santé pose le diagnostic.

Relu par le Dr François Dupuis, médecin, directeur médical de l'ESSR, ancien chef de clinique HUG (Voir la bio)

Article publié par l'ESSR, qui propose la formation Psychologie et Communication. Rédigé au mieux de nos connaissances au 8 septembre 2026 ; les informations sur les autres organismes proviennent de leurs sites. Une erreur ? Écrivez-nous, nous corrigeons.

Références

[1] Santé mentale, Organisation mondiale de la Santé, 2026.

[2] Qu'est ce que c'est ? | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[3] Présentation | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[4] Troubles anxieux, Organisation mondiale de la Santé, 2026.

[5] État de santé de la population - Santé psychique, Office fédéral de la statistique, 2026.

[6] Principaux repères sur la dépression, Organisation mondiale de la Santé, 2026.

[7] Principaux repères sur la dépression, Organisation mondiale de la Santé, 2026.

[8] État de santé de la population - Santé psychique, Office fédéral de la statistique, 2026.

[9] Burn-out an « occupational phenomenon »: International Classification of Diseases, Organisation mondiale de la Santé, 2019.

[10] Je m'inquiète pour la santé d'un·e proche | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[11] Je m'inquiète pour la santé d'un·e proche | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[12] Je m'inquiète pour la santé d'un·e proche | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[13] Que faire en cas d'urgence | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[14] Que faire en cas d'urgence | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[15] Que faire en cas d'urgence | SantéPsy.ch, SantéPsy.ch, 2026.

[16] Offres d'aide pour la santé mentale, Office fédéral de la santé publique, 2026.

[17] Professions de la psychologie, Office fédéral de la santé publique, 2026.

[18] Professions de la psychologie : exercice de la profession, Office fédéral de la santé publique, 2026.

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